Rechercher:

Pages spéciales:

Page d'accueil

Vatileaks

Rencontre des familles

Toscane

Accord avec la FSSPX

Anniversaires

Marco Politi, et les coulisses des réseaux journalistiques anti-pape.
Et pourtant , en 2004, il interviewait Joseph Ratzinger (reprise) (28/6/2012)

>>>
Ici, le blog de Politi, sur son journal: www.ilfattoquotidiano.it/blog/mpoliti/
>>> L'interviewe de 2004


     



En 2004, le vaticaniste du plus cathophobe des journaux italiens, la Repubblica, interrogeait longuement le préfet de la CDF, qui lui répondait très librement sur les sujets les plus variés: la laïcité, la place de Dieu dans notre société, l'éthique sexuelle, et en particulier l'attitude de l'Eglise face à l'homosexualité et au mariage gay, l'islam et les valeurs occidentales.
J'ai reproduit plus loin le texte traduit par mes soins (cf. http://benoit-et-moi.fr/2010-I), il reste très actuel.

Aujourd'hui, le même vaticaniste n'en finit pas de régler ses comptes avec Benoît XVI.

En 2010, il a publié un livre très critique (mais venant de lui, il devient un vrai compliment!) "Un papato in crisi" (4).
Le 19 avril dernier, pour l'anniversaire du Pape, en guise de souhait, il publiait un article au vitriol dans Il Fatto quotidiano (1), "Ratzinger verso il crepuscolo" que l'on peut le considérer comme le coup d'envoi des vatileaks.
Evoquant sur un ton apocalyptique l'homélie de la messe célébrée ce jour-là par le saint-Père pour ses compatriotes venus le fêter (d'un ton certes intime et très émouvant, mais c'était une messe privée), il parlait de "chair de poule"; plus loin, il renversait purement et simplement la réalité, prétendant que "les rapports oecuméniques sont courtois mais bloqués" (et les anglicans, ça ne compte pas?).
Et il concluait: "défiant sa fragilité: problèmes cardiaques, arthrose, et toutes les faiblesses qui semblent l'affliger, il a repris les voyages intercontinentaux qu'il paraissait avoir archivé en 2008". Et l'Afrique, en novembre 2011? (cf. benoit-et-moi.fr/2011-III ). Voilà un vaticaniste bien peu informé, à moins que Politi ne soit aussi géologue et anticipant de quelques millions d'années (je lis ici que la plaque africaine remonte à la vitesse de 1 cm/an vers l'Europe, entraînant la subduction de la plaque océanique méditérannéenne sous le continent eurasiatique. Cela continuera jusqu'à la fermeture complète de la Méditérannée et la collision des plaques continentales africaines et eurasiatiques....), ne considère l'Afrique comme formant avec l'Europe un unique continent...
Enfin, il a participé très activement à la campagne Vatileaks, et nombre de journalistes étrangers reprennent ses informations sans les contrôler ni les croiser avec d'autres (avec d'autant plus de complaisance que leurs opinions, elles, se croisent bel et bien!), pour écrire leurs propres analyses, ce qui nous renvoie une fois de plus au problème de la communication du Vatican.
Pourtant, lors d'un récent débat, le directeur de l'OR, GM Vian lui reprochait le caractère peu fiable de ses sources, evoquant "90% de voix anonymes, et 10% de ses propres articles"! (ici).

* * *

Selon une biographie hagiographique sur le site d'un de ses éditeurs (ici):

Marco Politi est internationalement reconnu comme un des plus grands experts des questions vaticanes. Editorialiste de "Il Fatto Quotidiano" (1), vaticaniste de la Repubblica pendant presque vingt ans, il collabore avec ABC, CNN, RAI, ZDF, France 2 (2). Il a été correspondant à Moscou de 1987 à 1993, et président de la presse étrngère en URSS. Avec Carl Bernstein (3), il a écrit le best-seller mondial sur JP II, "His Holiness" (paru en français sous le titre "SA SAINTETE. Jean-Paul et l'histoire cachée de notre époque"). En 2004, avec son interviewe à Joseph Ratzinger, il l'a désigné comme candidat à la papauté.
Parmi ses derniers livres, "Io prete gay" - moi, prêtre gay (2006), "La Chiesa del no" - l'Eglise du non (2009) et "Joseph Ratzinger, crisi di un papato" - Joseph Ratzinger, crise d'un pontificat (4) .


* * *

(1) "Il Fatto quotidiano" est comme son nom l'indique un quotidien italien. Fondé en 2009, il se qualifie d'indépendant (il ne reçoit apparemment aucun financement ou subvention publics), et ses collaborateurs disent ne pas suivre une « ligne politique », mais seulement la Constitution italienne (ce dernier point pour s'abriter derrière des lois assurant la liberté d'expression). Parmi eux, je relève toutefois le nom de Florès d'Acaïs!!! Quant au directeur, Antonio Padarello, il a été vice-président le l'Espresso (qui fait partie du même groupe de presse que la Repubblica), et de l'Unità, ex-organe du PCI.
Bref, le monde est petit, dans ce milieu, et l'indépendance de Il Fatto Quotidiano (très impliqué dans la révélation des Vatileaks, cf ici) est.... très orientée.

(2) La liste des chaines de télévision auxquelles il collabore laisse songeur sur la pluralité de l'information! Et nous ne comptons ni les stations de radio, ni les journaux, comme le Monde où il est récemment cité, par exemple ici.

(3) Carl Bernstein est un journaliste américain d'investigation devenu célèbre lorsqu'il révèle avec son collègue Bob Woodward, dans le quotidien le Washington Post, le scandale du Watergate qui mène à la démission de Richard Nixon en 1974.

(4) En 2011, Marco Politi accordait, à l'occasion de la sortie de ce livre, une interviewe au site "cathogay" Le Projet Jonathan (Progetto Gionata): L'attitude de l'Eglise face à l'homosexualité est apparemment l'une de ses obsessions.

Voici la présentation du livre par l'éditeur (ma traduction):

Pourquoi «Dieu a fait pape un professeur», Joseph Ratzinger lui-même se l'est demandé. Son leadership est aux prises avec des questions très élevées, mais il est en même temps marqué par des contradictions et des incertitudes. Marco Politi dirige son regard vers les perspectives du gouvernement de l'Eglise et les tourments du pontife.

«Joseph Ratzinger est devenu pape. Il ne le pouvait pas. Selon les règles non écrites du conclave, une personnalité aussi «polarisante» n'aurait jamais dûe être en mesure d'obtenir les deux tiers des voix pour être élu. Au lieu de cela, le 19 Avril 2005, après une élection parmi les plus rapides du dernier siècles, l'allemand Joseph Ratzinger est apparu souriant à la Loge des Bénédictions.
Ceux qui franchissent la Porte de Bronze apprennent très vite ce que signifie le terme «polariser».
Cela veut dire créer à travers des déclarations, des geste et des idées, un champ de tensions fortes au point de diviser l'Église, entre différentes visions»: après six années de son pontificat Benoît XVI est un pape qui divise. Élu pour rassurer la partie de l'Eglise à la recherche d'autorité et d'identité, le pape a mis mal à l'aise le catholicisme inspiré par le Concile Vatican II; avec une citation outrageante sur Mohammed, il a provoqué une violente confrontation avec l'islam; en faisant l'éloge de Pie XII et levant l'excommunication de l'évêque négationniste, il a causé une série de crises avec le judaïsme, et ses phrases sur le sida ont provoqué un tollé dans le monde entier; il n'a pas affronté des questions comme la baisse des prêtres et le rôle des femmes.

Marco Politi reconstruit ces années de pontificat dans lesquelles crises et erreurs de communication se sont répétées, et dessine un profil moins connu d'un pape impolitique. Un homme sensible, timide, chaleureux et plein d'humour en privé. Un homme qui croit en un christianisme «religion de l'amour» et non comme un paquet d'interdictions. Un théologien et une stature intellectuelle. Et pourtant ...

     


L'interviewe de 2004

Une interviewe du cardinal Ratzinger par Marco Politi, dans la Repubblica
Le laïcisme, nouvelle idéologie de l'Europe, ne doit pas ignorer Dieu

Marco Politi
Ma traduction
------------------

L'Europe, berceau et pilier du catholicisme, est en train de perdre sa connotation chrétienne. Aujourd'hui déjà, les non-pratiquants, les agnostiques, les indifférents, sont majoritaires.
Pour l'Eglise de Rome, c'est un défi décisif. Et c'est de là que nous partons, dans l'entretien avec le cardinal Joseph Ratzinger dans le Salon Rouge du Saint-Office. Il s'appelle aujourd'hui Congrégation pour la Doctrine de la foi, et son patron a été et continue d'être un pilier de la papauté de Wojtyla.

" Nous vivons dans une situation de grande transformation. Dénatalité et immigration - nous confie le Cardinal - changent également la composition ethnique de l'Europe. Surtout, nous sommes passés d'une culture chrétienne à un sécularisme agressif et parfois même intolérant. Et pourtant, bien que les églises se vident et que beaucoup ne parviennent plus à croire, la foi n'est pas morte. Je suis sûr que même dans le contexte d'une société multiculturelle et parmi de grandes oppositions, la foi chrétienne demeure un facteur important, capable de fournir la force morale et culturelle du continent.

- Donc le cardinal Ratzinger n'est pas pessimiste?

"L'optimisme et le pessimisme sont des catégories émotionnelles. Je pense que je suis réaliste. Je reste convaincu de la force intérieure de la foi. Ou plutôt, le catholicisme est devenu de plus en plus «catholique» c'est-à-dire universel. Et alors que d'autres continents découvrent leur manière d'être chrétien et catholique, l'Europe ne sera plus une voix aussi déterminante que dans le passé. Elle aura encore une grande importance, mais toujours au sein du concert international.

- Après «l'affaire Buttiglione, certains groupe laïcs et catholiques dépeignent un christianisme assiégé, en Europe.

" Il existe une idéologie séculariste agressive, qui peut être inquiètante. En Suède, un pasteur protestant qui avait prêché sur l'homosexualité, sur la base d'un passage de l'Ecriture, est allé en prison pendant un mois. La laïcité n'est plus cet élément de neutralité qui ouvre des espaces de liberté pour tous. Elle commence à se transformer en une idéologie qui s'impose à travers la politique, et ne concède aucun espace public à la vision catholique et chrétienne, qui risque ainsi de devenir quelque chose de purement privée et au fond, mutilé. Dans ce sens, une lutte existe et nous devons défendre la liberté religieuse contre l'imposition d'une idéologie qui se présente comme si elle était l'unique voix de la rationalité, alors qu'elle n'est que l'expression d'un "certain rationalisme.

- Mais pour vous, qu'est-ce que la laïcité?

" La laïcité juste est la liberté de religion. L'État n'impose pas une religion, mais donne libre espace aux religions, avec une responsabilité envers la société civile, et donc permet à ces religions d'être des facteurs dans la construction de la vie sociale. "

- Pourtant, il y a des frontières délicates. Prenons le crucifix dans les écoles. Il y a la tendance, que je trouve banalisante, qui consiste à dire que c'est un symbole de l'amour universel et un don qui ne peut déranger personne. En réalité, c'est avant tout le signe d'un Dieu et d'une religion. Ne peut-on comprendre ceux qui disent qu'on ne peut pas imposer de signe?

"Cela dépend des situations historiques. Il peut y avoir des pays qui n'ont pas une histoire ou une présence chrétienne et par conséquent ne veulent pas ce signe, car il n'exprime pas un patrimoine et une orientation morale commune. Je pense que grâce à Dieu l'Italie et même une partie de l'Allemagne, sont encore tellement marquées par leur passé et leur présent chrétiens que le crucifix reste pour elles un point de référence. La Croix nous parle d'un Dieu qui s'est fait homme et meurt pour l'homme, qui aime l'homme et pardonne. Et ceci est déjà une vision de Dieu qui exclut le terrorisme et les guerres de religion au nom de Dieu. Il peut arriver que, dans le futur, la substance chrétienne d'un peuple se perde: alors on pourrait dire que cette orientation commune n'existe plus, et peut-être qu'on ne pourrait plus l'offrir dans les espaces publics. Pour moi, ce serait un passage triste et c'est pourquoi je m'engage personnellement afin que cette substance chrétienne ne soit pas perdue .

- Mais si un Juif ou un Musulman, hors de toute polémique, demandent aussi à trouver dans les écolees un signe de leur foi, est-il juste de leur nier?

"On peut réfléchir sur les conditions d'un tel cas, en pondérant bien toutes les différences qu'il comporte. Mais c'est une question ouverte, il me faut y réfléchir de façon plus approfondie.

- Ne croyez-vous pas qu'il y a une difficulté de l'Eglise à être comprise par l'homme d'aujourd'hui?

"Ne nous en faisons pas une image mythique, l'homme d'aujourd'hui est multiple. Il est très différent en Amérique latine, en Afrique ou en Asie. Et même parmi nous, il y a des groupes sociaux ayant des visions du monde différentes. Mais il est vrai que le christianisme a des difficultés à se faire comprendre dans le monde d'aujourd'hui, particulièrement dans le monde occidental: américain et européen. Au plan intellectuel, le système conceptuel du christianisme est très éloigné du langage et la façon moderne de voir. Pensez simplement au mot «nature»: comme son sens a changé! Nous devons, sans aucun doute, faire notre possible pour traduire ce système conceptuel d'une manière qui révèle la véritable essence du christianisme ".

-bComment la décririez-vous?

"Une histoire d'amour entre Dieu et les hommes. Si on comprend cela dans le langage de notre temps, le reste suivra. "

- C'est suffisant?

"Il y a également la difficulté d'accepter le christianisme dans la perspective existentielle. Les modedèles de vie actuels sont très différents et, donc, l'engagement intellectuel seul n'est pas suffisant. Il faut offrir des espaces de vie, de communion, de chemin. Ce n'est qu'à travers des expériences concrètes et l'exemple existentiel qu'on peut vérifier l'accessibilité et la réalité du message chrétien".

- La tentation de se réfugier dans le rêve d'une société organiquement chrétienne recommence à se répandre. Cela a-t-il un sens?

"Certainement pas. Il s'agissait d'une situation historique particulière avec des lumières et des ombres, comme en témoigne l'histoire de l'Eglise. Aujourd'hui, nous avons tendance à en voir plutôt les ombres, mais il y avait aussi des lumières, comme le révèle la grande culture médiévale. Aujourd'hui, il serait absurde de se refugier dans une situation qui ne peut pas se reproduire.
Nous devons accepter que l'histoire progresse, affrontant la difficulté de croire dans un contexte pluraliste, tout en sachant très bien qu'il existe également de nouvelles possibilités pour une foi libre et adulte. La foi n'est pas simplement le résultat d'une tradition et d'une situation sociale spécifique, mais surtout le résultat d'un libre "oui" du coeur au Christ."

- Où est Dieu dans la société contemporaine?

"Il est très marginalisé. Dans la vie politique, il semble presque indécent de parler de Dieu, comme s'il s'agissait d'une attaque contre la liberté de ceux qui n'y croient pas. Le monde politique suit ses propres règles et ses voies, excluant Dieu comme quelque chose qui n'appartient pas à cette terre. C'est la même chose dans le monde du commerce, de l'économie, de la vie privée. Dieu reste en marge. Pour moi, il semble au contraire nécessaire de redécouvrir, et les forces sont là, que même les sphères politiques et économiques ont besoin d'une responsabilité morale, une responsabilité qui vient du cœur de l'homme et, en définitive, a un rapport avec la présence ou l'absence de Dieu. Une société où Dieu est totalement absent, s'auto-détruit. Nous l'avons vu dans les grands régimes totalitaires du siècle dernier. "

- Un point crucial est l'éthique sexuelle. L'encyclique Humanae Vitae a créé un fossé entre le magistère et le comportement pratique des fidèles. Le moment est-il venu de la repenser?

"Pour moi, il est clair que nous devons continuer à réfléchir. Déjà dans les premières années de son pontificat, Jean Paul II a offert au problème un nouveau type d'approche anthropologique, personnaliste, en développant une vision très différente de la relation entre le moi et toi, de l'homme et de la femme. Il est vrai que la pilule a déclenché une révolution anthropologique de très grandes dimensions. Elle n'a pas été seulement, comme on pouvait le penser au début, une aide pour les situations difficiles, mais elle a changé la vision de la sexualité, de l'homme et du corps lui-même. La fécondité a été détachée de la sexualité, et ainsi la conception même de la vie humaine a été profondément modifiée. L'acte sexuel a perdu son objet et son but, qui auparavant avait toujours été visible et déterminant, de sorte que tous les types de sexualité sont devenus équivalents. Surtout cette révolution a eu pour conséquence l'équivalence entre l'homosexualité et l'hétérosexualité. C'est pourquoi je dis que Paul VI a indiqué un problème de très grande importance ».

- Voilà, l'homosexualité. C'est une question qui concerne l'amour entre deux personnes et pas seulement la sexualité. Que peut faire l'Église pour comprendre ce phénomène?

" Nous disons deux choses. Premièrement, nous avons beaucoup de respect pour ces personnes, qui souffrent et qui veulent trouver un moyen juste de vivre leur vie. D'autre part, créer aujourd'hui la forme juridique d'une sorte de mariage homosexuel, en réalité, n'aide pas ces personnes."

- Ainsi, vous jugez négativement le choix fait en Espagne?

"Oui, parce qu'il est destructeur pour la famille et la société. Le droit crée la morale ou une forme de morale, parce que les gens normaux considérent généralement que ce que le droit affirme est moralement acceptable. Et si nous jugeons cette union comme plus ou moins équivalente au mariage, nous avons une société qui ne reconnaît plus ni la spécificité ni le caractère fondamental de la famille, c'est-à-dire l'homme et la femme qui cherchent à assurer la continuité - et non seulement dans un sens biologique - de l'humanité. C'est pourquoi le choix fait en Espagne, ne rend pas vraiment service à ces personnes: puique que là nous détruisons des éléments-clés d'un ordre de droit ».

- Eminence, il est arrivé que l'Eglise en disant non à tout, soit allée au devant de défaites. Ne pourrait-on pas au moins envisager un pacte de solidarité entre deux personnes, même homosexuelles, reconnu et protégé par la loi?

"Mais l'institutionnalisation d'une telle entente - que le législateur le veuille ou non - apparaîtrait nécessairement à l'opinion publique comme un autre type de mariage et la relativisation serait inévitable. N'oublions pas par ailleurs que, avec ces choix, vers lesquels penche désormais une Europe - disons le ainsi - en décadence, nous nous séparons de toutes les grandes cultures de l'humanité, qui ont toujours reconnu la véritable signification de la sexualité: c'est-à-dire qu'un homme et une femme sont créés pour être conjointement la garantie de l'avenir de l'humanité. Garantie non seulement physique mais morale. "

- Finalement, les divergences de vues dans le domaine éthique reflétent la révolution du sujet en cours dans le monde occidental. La nouvelle subjectivité est une calamité ou un défi pour l'Eglise?

"En soi, la capacité à l'autodétermination peut être une bonne chose. Mais je doute que beaucoup de sujets s'autodéterminent réellement - comme on veut nous le faire croire - et ne vivent pas une certaine uniformité préfabriquée, pensant peut-être se réaliser eux-mêmes. L'homme d'aujourd'hui est manipulé par le marché, par les médias, par la mode. Il est vrai que la sphère du sujet est devenu beaucoup plus importante. Le problème aujourd'hui est que la religion et la morale semblent appartenir uniquement à la sphère du sujet. L'bjectivité se trouverait uniquement dans les sciences alors que le reste serait subjectif. En conséquence, la religion perd de son impact dans la formation de la conscience commune. "

- Et alors?

" Le fait que le sujet ait davantage conscience de sa liberté et de sa responsabilité reste une acquisition positive, mais il est temps de reconnaître que la liberté humaine ne peut être vécue que comme une liberté partagée avec les autres. Dans une responsabilité commune. Surtout il faut comprendre que l'homme ne se crée pas lui-même: il est une créature avec ses limites et la capacité de dévier ou de trouver la voie compatible avec sa condition d'homme".

- Dans ce scénario typiquement occidental, l'islam fait irruption. Comment le catholicisme y fait-il face?

" D'abord l 'Islam est multiforme, il n'est pas réductible aux seules zones terroristes, ou à celles modérée. Il y a des interprétations différentes: les sunnites, les chiites, et ainsi de suite. Culturellement il y a une grande différence entre l'Indonésie, l'Afrique ou la péninsule arabique et peut-être qu'est en train de se former également un islam avec une spécificité européenne, qui accepte des éléments de notre culture. En tout cas, c'est un défi positif pour nous, la foi ferme des musulmans en Dieu, la conscience que nous sommes tous sous le jugement de Dieu, en même temps qu'un certain patrimoine moral et le respect de certaines règles qui démontrent combien la foi, pour vivre, a besoin d'expressions communes: chose que nous avons un peu perdu.

- Et sur le versant critique ?

" Il s'agit aussi de saisir les faiblesses culturelles d'une religion trop liée à un ouvrage considéré comme inspiré oralement, avec tous les dangers que cela comporte. Nous pouvons offrir le concept de liberté religieuse à une religion dans laquelle la théocratie est cruciale, c'est-à-dire l'impossibilité de dissocier le pouvoir de l'État et la religion. Nous pourrions leur montrer qu'un Dieu qui permet plus de liberté à l'homme, offre de nouveaux espaces à l'homme et à son développement culturel. "


- La tendance à vouloir exporter par tous les moyens les valeurs occidentales dans le reste du monde, parce qu'elles sont considérés comme meilleures, fait son chemin dans notre pays .

"Nous ne devons pas imposer ni dogmatiser nos idées. Nous devons être conscients de la relativité de beaucoup de nos formes politiques, religieuses, économiques. D'autre part, nous devons laisser aux autres peuples la possibilité de contribuer à la multiplicité du concert de la culture humaine. Nous essayons à convaincre les autres de choses qui nous paraissent essentielles, mais cela doit se passer dans le respect, sans contrainte. "

© Copyright Repubblica, le 19 Novembre 2004