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Plaidoyer pour Silvio B.

La lettre ouverte de Francesco Cossiga (29/6/2009)

Comme me le faisait observer une amie, il m'arrive de plus en plus souvent de m'éloigner du sujet de ce site.
Seulement en apparence, en fait, puisqu'il s'agit aussi, à mon tout petit niveau, d'essayer de réagir à la désinformation et de lui opposer autant que je peux une contre-information...

La figure de Francesco Cossiga, prestigieuse personnalité politique italienne de centre-droit, de moralité et d'envergure indiscutées, ex "premier", ex-président de la République de 1985 à 1992, sénateur à vie, grand admirateur de Benoît XVI, a déjà croisé ce site à différentes reprises pour ses relations avec le saint-Père:
- Eloge de Spe Salvi
- Lettre ouverte à Mgr Fisichella à propos de l'affaire de Récife
- Lettre ouverte (d'excuses) au pape, après la Gay Pride de juin 2007.

Pour l'anecdote, il a aussi concédé en 2007 au premier quotidien italien, Il Corriere della Sera, une interviewe dans laquelle il remettait en cause la version officielle des attentats du "nine eleven" (impliquant d'ailleurs Berlusconi, ce qui prouve qu'il jouit d'une grande liberté). Cette interviewe a reçu peu d'écho en France. Etait-elle trop gênante?

Tout le monde a entendu parler des récents "soucis" de Berlusconi à propos de ses frasques "sexuelles".
Elles ne m'intéressent pas plus que cela, et je ne cherche pas à le défendre [je ne suis pas sûre qu'il le mérite, même si je ressens spontanément, mais je le répète peut-être à tort, une certaine sympathie pour l'homme, sans doute parce qu'il a témoigné au pape une grande cordialité, qui m'a parue réciproque(?), et surtout parce que je pense qu'un homme à ce point honni par les medias ne peut pas être entièrement mauvais].
Je cherche seulement à comprendre les raisons qui font que chaque déclaration, fût-elle la plus banale, de Barack Obama, est accueillie par des vivats d'enthousiasme, alors que Berlusconi suscite une telle haine de la part de la grosse presse mondiale, qui lui reproche d'être vieux, riche, libidineux et sans doute trop européen.
Francisco Cossiga vient de lui écrire une "lettre ouverte" - procédé dont il semble coutumier - parue une fois de plus dans Il Corriere, la semaine dernière. Ayant trouvé le journal à l'hôtel, j'ai découpé l'article, me réservant de le traduire.
Elle vaut d'être lue comme "antidote", et apporte un éclairage inédit, même si certaines allusions à la vie politique italienne nous échappent et ne nous intéressent pas vraiment... et même si on persiste à trouver indéfendable le comportement de Silvio B.

Cher Silvio,

je t'écris comme ami et homme politique, et non pas « ami politique », bien que lié à toi par une amitié personnelle qui date de 1974 et qui ne s'est jamais démentie. Je ne suis jamais entré dans ta vie privée n'en partageant, comme tu le sais, aucune manifestation. Je considère que les jugements sur la vie privée d'une personne que n'atteignent pas à la fonction publique exercée - et en particulier la vie appelée par euphémisme « sentimentale » mais plus exactement « sexuelle », doivent être distincts des jugements politiques.

Il ne me semble pas que le jugement politique d'alors et le jugement historique d'aujourd'hui aient imprimé le sceau de l'infamie sur John Fitzgerald et Robert Kennedy, dont les activités galantes dépassèrent de loin les tiennes, et eurent même des aspects inquiétants sur lesquels la justice américaine ne voulut pas enquêter jusqu'au bout. Et que dire du premier ministre britannique Wilson, qui fit nommer par la Reine, sans qu'elle battît un cil, à la charge de Pair à vie avec titre de baronnesse sa collaboratrice, collaboratrice pour ainsi dire, dans un sens plus étroit? Et là je m'arrête….

Maintenant tu te trouves, à tort ou à raison, dans un vilain imbroglio : pour des motif « sentimentaux » et - aussi pour des motifs, disons ainsi, mercantiles. Il y en a - mouvements politiques et potentats économiques, avec ou sans journaux de leur propriété - qui sont terrorisés que tu puisses gouverner le Pays pour quatre ans encore ; et ils espèrent que des titulaires de hautes charges institutionnelles (..) réussiront à te faire un croche-pied.

Je voudrais te donner quelques conseils, même si je sais que tu considères que ceux qui furent des acteurs, ou comme moi, seulement des comparses dans ce que tu appelles le « teatrino » de la politique de la Première République peuvent difficilement te donner des conseils.

Il est vrai qu'une coïncidence est seulement une coïncidence, que deux coïncidences sont un indice et que trois coïncidences peuvent être une preuve. Mais je ne crois pas que tu es victime d'un complot. Et puis, un complot de qui ? De nos services de sécurité? Mais à leur tête, (..), il y a des serviteurs de l'État fidèles et capables, sur lesquels aucun soupçon ne peut peser(..) Complot d'un service etranger ? De de CIA américaine ? Certes, les moyens et les compétences, ils les ont, et comment ! Mais pourquoi Barack Obama aurait-il ordonné une telle campagne d'« intoxication » ? Parce que tu es l'ami de Poutine et de la Fédération Russe ? Imagine un peu! En fin de compte, Poutine préférera Obama à toi et viceversa.

Nous sommes un grand Pays, mais pas une grande puissance : arrêtons de le croire.

Je pense que tu es victime de la haine de tes adversaires mais aussi de tes imprudences et de ton ingénuité. La haine de tes adversaires est évidente : (..). Cette haine j'en ai souffert sur ma peau. Parce que le célèbre groupe éditorial suisse (?? Murdoch? ndt) te donne du "coureur de jupons", mais pendant presque sept ans il m'a traité de putchiste et de fou dans le sens technique du terme…

Laisse de côté les complots, et repousse aussi la haine qui est un mauvais conseiller également pour qui en est l'objet. Vends la Villa la Certosa, ou mieux, fais-en cadeau à l'État ou à la Région Sarde : elle est indéfendable et "très facile à pénétrer". Laisse aussi le Palais Grazioli, qui a maintenant une réputation équivoque (il s'agit des propriétés de Berlusconi, cadre de ses présumées "orgies", ndt) et transfère-toi pour le travail et pour y habiter au Palais Chigi (résidence du premier ministre italien, ndt). Ne demande pardon à personne, sauf à tes enfants, ceux-là au moins que tu as en commun avec ta femme Véronique.

Je n'ai pas constaté que les deux autres grands coureurs de jupons de Kennedy et Clinton aient jamais demandé pardon à leur peuple...

Fais la paix avec Murdoch : entre riches on se met toujours d'accord. Cherche un armistice avec l'Anm (association nationale des Magistrats, en Italie...) : Fais traîner en longueur la loi sur les interceptions téléphoniques ... et accorde aux magistrats une augmentation consistante de traitement.

Veux-tu, au contraire, faire la guerre ? Alors va devant le Parlement : mais au Sénat par charité ! Et pas à la Chambre, pour ne pas courir le risque de te voir ôter la parole ou d'être expulsé de la salle. Tiens un discours dur en défiant l'opposition, présente une motion d'approbation de tes déclarations, pose la question de confiance sur elles, et comme aux temps glorieux de la DC avec le Gouvernement Fanfani, fais voter contre toi par les tiens, empêchant avec les votes la formation d'un autre gouvernement, porte ainsi le Pays à d'inévitables nouvelles élections… Parce que la guerre est toujours mieux pour toi, pour l'opposition et pour le Pays, que cette façon de se rouler dans la boue.

Avec affection et amitié
F. Cossiga

Les catholiques adultes Inquinamento