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Xavier Darcos commente l'encyclique

dans l'Osservatore Romano. (5/8/2009)

On a trop souvent l'occasion de critiquer nos politiques, et particulièrement notre gouvernement pour ne pas rendre à l'un de ses membres, actuel ministre du Travail, l'hommage que mérite ce très beau commentaire de l'encyclique, publié en première page de l'Osservatore Romano d'hier.
Inutile de gloser sur l'action politique du ministre Xavier Darcos, ce n'est pas l'endroit; (et d'ailleurs, comme ministre de l'éducation, un endroit où on ne peut pas faire grand chose, il s'est moins agité que d'autres, et j'ai toujours considéré qu'il s'exprimait comme un honnête homme)
Sans surprise l'article n'a eu pratiquement aucun écho dans la presse française. Un ministre parle en bien d'un texte pontifical qu'il dit "imprégné d'une ferveur spirituelle magnifique", et qu'il compare à "un éclair déchirant des nuages noirs", pour nos journaux, ce n'est pas une nouvelle, donc silence total.
Rama Yade et Roselyne Bachelot se répandent en inepties de midinettes et se déclarent "effarées" après les déclarations du Pape sur le préservatif, et c'est la une de tous les journaux.

Selon sa biographie, sur Wikipedia, Xavier Darcos est agrégé de lettres classiques, et il a été professeur en khâgne au Lycée Louis-le-Grand, puis inspecteur général de l'Education Nationale. Il est titulaire d'un doctorat, ayant soutenu une thèse sur "le sentiment de la mort chez Ovide".
C'est sans doute son fauteuil à l'Académie des Sciences morales et politiques, dont Joseph Ratzinger est aussi membre, qui explique la parution de cet article dans l'Osservatore Romano.

Texte en italien sur le site de Raffaella.
Ma traduction.

Comme un éclair dans le malaise de la societé

par Xavier Darcos
Membre de l'Institut
Ministre français du Travail, des relations sociales, de la solidarité et de la ville
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En s'adressant à un monde désorienté, inégalitaire et traumatisé par les spasmes d'une crise globale, l'encylique Caritas in veritate arrive au moment opportun, comme un éclair qui déchire des nuages noirs.
Elle permet à Benoît XVI de préciser à nouveau la doctrine de l'Église face aux réalités sociales de ce temps, qui se laisse aller aux lois cyniques du profit et à une interdépendance économique sans règles. Elle vient annoncer que d'autres routes sont possibles et nécessaires. Elle puise à la source du message chrétien l'espoir d'orientations et de solutions innovatrices.
Benoît XVI célèbre la charité, vertu cardinale de la foi, élan de l'âme vers l'autre, « voie principal de la doctrine sociale de l'Église ».
Il se place donc dans le sillage de lumière de Rerum novarum de Léon XIII et de Populorum progressio de Paul VI.
Le Pape récupère avant tout le fondement du christianisme - l'amour, le partage et la justice - pour y trouver remède aux calculs égoïstes du "chacun pour soi". Il rappelle que l'Évangile ouvre la voie vers une société de liberté et d'égalité. Parce que « un Christianisme de charité sans vérité peut facilement être échangé contre une réserve de bons sentiments, profitables pour la cohabitation sociale, mais marginaux ».
Jean Paul II avait frappé l'opinion publique par la lutte de l'Esprit, qu'il incarnait, contre le marxisme soviétique et stalinien. Mais il critiqua aussi les dérives du capitalisme généralisé et anonyme. Avec le même élan, Benoît XVI fait un bilan sévère des dérives criminelles de la mondialisation, dûes à une finance fondée sur le gain immédiat de peu. Ses analyses sont précises, documentées et d'ample souffle. Elles montrent l'aliénation d'une humanité ravagée par une insupportable inégalité entre les êtres, les sociétés et les nations.
Un tel bilan, rendu plus sombre par la crise actuelle, exige une rédéfinition du développement qu'on ne saurait réduire à une simple croissance economique continue. Le Pape en stigmatise, dans leurs différentes formes visibles, les évidentes faillites : exclusion, marginalisation, misère et mépris des droits humains fondamentaux. Le processus de développement a besoin d'un guide : la vérité.
« L'amour dans la vérité », est « la principale force propulsive pour le vrai développement de chaque personne et de l'humanité entière ». Autrement, « l'agir social tombe à la merci d'intérêts privés et de logiques de pouvoir, avec des effets désagrégateurs sur la société ».
Ouvrons les yeux : le progrès vorace, fondé sur des ressources matérielles et spéculatives, a échoué. Le monde se dévore lui-même, comme Chronos qui dévora ses fils. L'Église propose un autre choix : « le développement intégral », qui assure une émancipation humaniste partagée. Puisque la croissance est un bénéfice, la mondialisation n'engendre pas nécessairement une catastrophe, la technique n'est pas perverse en soi, mais ces forces brutes doivent être subordonnées à une éthique. Dans ce monde en bouleversement, des expériences plus prometteuses ont commencé à établir de nouvelles relations entre les hommes. Benoît XVI demande de généraliser ces tentatives, d'explorer les voies du don, de la gratuité, de la répartition. Il condamne la vacuité d'un relativisme aveugle qui prive les hommes d'un sens à leur vie collective. Il blâme ainsi les deux dangers qui menacent la culture : un éclectisme où chaque chose en vaut une autre, sans références ni hiérarchies, et une uniformisation des styles de vie.
Face à la faillite de l'avoir et au chaos de l'être, Benoît XVI réclame une nouvelle alliance entre foi et raison, entre la lumière divine et l'intelligence humaine. Même si « elle n'a pas de solutions techniciennes à offrir », l'Église a « une mission de vérité à accomplir » en vue d'une « société à la mesure de l'homme, de sa dignité, de sa vocation ».
Puisque, si on va au-delà des apparences, les causes du sous-développement ne sont pas avant tout d'ordre physique. Elles résident plus qu'autre chose dans le manque de fraternité entre les hommes et les peuples : « La société toujours plus globalisée fait de nous des voisins, mais ne fait pas de nous des frères ». Le Pape lance un appel pour que cette crise nous oblige à reconsidérer notre itinéraire, puisque, alors que la richesse mondiale croît, les disparités augmentent. Un tel magma, en érodant les valeurs, porte à mépriser la vie dans ses spécificités, à décourager la natalité, à opprimer la liberté religieuse, à terroriser la spiritualité, à freiner la confiance et l'expansion. Il s'agit simplement de faire en sorte que les hommes prennent conscience de faire partie d'une seule famille, ce qui exige le retour à des valeurs inusitées: le don, le refus du marché comme lien de domination, l'abandon du consumisme hédoniste, la redistribution, la coopération et ainsi de suite.
La pensée du Pape perçoit le cauchemar d'une humanité enivrée par la prétention prométhéique « de pouvoir se re-créer » en se servant des prodiges de la technologie », comme le clonage, la manipulation génétique, l'eugénisme. La source de ces déviances reste la même : la déshumanisation. Puisque, où que nous vivions et à quelque degré de responsabilité que nous nous placions, chacun de nous peut se réconcilier avec l'amour et le pardon, le renoncement au superflu, l'accueil du prochain, la justice et la paix. Une telle conduite dépend de l'exigence morale. Elle est devenue une condition de survie.
La lecture de cette encylique, imprégnée d'une ferveur spirituelle magnifique, ne donne pas l'impression d'un méditation abstraite ou d'une prière.
Rarement un Pape a touché ainsi la réalité pour en analyser à fond les maux et pour proposer, avec pragmatisme et lucidité, les antidotes les plus utiles. Que son message puisse être compris !
(©L'Osservatore Romano - 3-4 août 2009)

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