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George Weigel: le Vatican contre le Pape

Marianne a traduit la première partie de ce long article, analyse par George Weigel des disfonctionnements de la Curie (25/4/2009)

Marianne m'écrit:

Voici une 1ère partie d'un article de G. Weigel trouvé sur Catholic Educator Resource Center. Je n'ai pas encore fini toute la traduction, tant s'en faut: il y a 8 ou 9 pages en anglais et le bonhomme a du vocabulaire, des tournures un peu compliquées. Cela m'a déjà demandé beaucoup de travail, mais quoi, une amie m'a dit qu'elle trouvait que ce devait être intéressant, que ce serait bien si je le traduisais. Voici donc la 1ère partie du feuilleton.
Bonne lecture


Je l'avais moi-même traduit ici: http://benoit-et-moi.fr/2009-I/...
Mais ce n'est pas une mauvaise chose de le rappeler, car il aura sans doute échappé à beaucoup! La preuve.
D'ailleurs, je ne doute pas que la traduction de mon amie soit meilleure, et plus élégante, que la mienne...

LE PAPE CONTRE LE VATICAN
GEORGE WEIGEL

(traduction Marianne P.)
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Jean-Paul II fut enterré le 8 avril 2005. Durant les 9 jours qui séparent ses funérailles de l’ouverture du conclave chargé d’élire son successeur, critiques et ennemis du cardinal Ratzinger s’activèrent fiévreusement pour empêcher son élection. Le Sunday Times qui jouait les trolls, publiait des histoires opposant « Joseph Ratzinger-membre-des-jeunesses hitlériennes » et Karol Wojtila, « héroïque résistant contre le nazisme et le communisme ». Le quotidien La Reppublica, fleuron de la gauche italienne, tricotait des récits fantaisistes sur une coalition germano-américaine qui, en lançant un appel aux diocèses du Tiers Monde dépendant du soutien financier allemand, pourrait bloquer l’élection de Ratzinger. Ce n’était pas là le moindre de leurs arguments. Les activistes progressistes catholiques, intellectuels et prélats pour qui l’idée du « rottweiler de Dieu » comme pape était cauchemar sans nom, soutenaient tacitement et, dans certains cas, encourageaient ces essais d’anticipation parfois risibles des médias.

Ironie de l’histoire, en parallèle, Joseph Ratzinger déployait tous ses efforts pour entraver sa propre élection. Tout humble qu’il fût, il savait qu’il avait brillamment accompli sa tâche de Doyen du Collège des cardinaux, menant leurs délibérations après la mort de Jean-Paul et dirigeant la prière aux funérailles de Jean-Paul II. Cela faisait de lui le candidat idéal pour être le 264ème successeur de saint Pierre. Il n’en voulait à aucun prix! Il avait prévu de soumettre sa démission au futur pape et de requérir son acceptation. Auparavant, à trois reprises il avait présenté sa démission, mais Jean-Paul lui avait demandé de rester. À présent, il était décidé à retourner dans sa Bavière natale et d’habiter avec son frère, prêtre lui aussi et maître de chapelle distingué. Il allait avoir 78 ans deux jours avant le conclave. Il était temps de revenir chez lui et de reprendre le fil de sa vie de chercheur qu’il avait sacrifiée en devenant évêque de Munich et Freising en 1977.

Comment un candidat, en tête pour l’élection au siège pontifical, s’y prend-il pour travailler contre lui-même, d’autant qu’il en a l’intention ferme et qu’il ne s’agit pas d’une vaine et fausse démonstration d’humilité et de réserve ? L’affaire Ratzinger contre Ratzinger se résumait très simplement : « Je ne suis pas un homme de gouvernement »avait-il déclaré dans la demi douzaine de langues qu’il parle couramment. Ne me faites pas cela. Ne vous faites pas cela. Ceux qui appuyaient sa candidature – comme George Pell de Sidney, Christophe Schönborn de Vienne et Angelo Scola de Venise, trois jeunes dirigeants parmi les plus remarquables de l’Église catholique – répondirent en substance : « Pourquoi ne laissez-vous pas Dieu dire ce qu’il a à dire ? Ne préjugez pas du travail de l’Esprit Saint ». Vu la tournure que prit la situation, le vote ne fut plus qu’une simple formalité : Ratzinger fut élu au 4ème tour dans un des conclaves les plus courts de l’Histoire de l’Église. Mais bien des questions restaient en suspens tant chez ses opposants que chez ses partisans : accepterait-il la charge qu’il avait essayé d’éviter ? À leur conférence de presse après le conclave, les cardinaux allemands (parmi lesquels il y avait des opposants et des partisans) déclarèrent aux journalistes qu’il y eut un énorme soupir collectif de soulagement lorsque le cardinal Ratzinger accepta. Le matin après son élection, on vit clairement et sans équivoque que le nouvel élu, Benoît XVI, avait une conscience aiguë de ses propres limites. Célébrant la messe avec le collège des cardinaux dans la Chapelle Sixtine, il dit dans son homélie : « Ne me refusez pas votre conseil ».

Au cours des 4 années écoulées depuis que le 265ème évêque de Rome est apparu à la loggia de Saint Pierre pour être présenté urbi et orbi, à la cité et au monde, le pape Benoît XVI a systématiquement fait mentir l’image caricaturale de « rottweiler de Dieu » que les médias brossaient de lui depuis des lustres.
Quelques mois après son élection, alors qu’il était en vacances à la villa d’été à Castel Gandolfo, il invita son vieil adversaire en théologie, le dissident suisse Hans Küng, pour une conversation amicale autour d’une bière. Les critiques affirmaient que jamais ce pape ne pourrait rivaliser avec Jean-Paul II Superstar dans le cœur des jeunes ; Benoît les confondit en présidant deux JMJ réussies, à Cologne et à Sidney. Lors de la réunion à Washington en mai 2008 avec les victimes des prêtres pédophiles, il manifesta une sensibilité pastorale pleine de tact, tout comme après sa prière silencieuse sur les ruines des Tours jumelles de New York, lorsqu’il eut affaire aux familles des morts du 11 septembre 2001.
Des journalistes qui manquent d’intelligence et de soi-disant vaticanistes déplorent encore sa causerie à Ratisbonne, en septembre 2006, sur la foi et la raison et y voient une gaffe diplomatique

Or la vérité est que Benoît a envoyé une onde de choc si salutaire à travers les mondes de l’Islam que des modèles de dialogue interreligieux plus solides se font lentement jour. Grâce à l’insistance du pape, la liberté religieuse conçue comme un droit humain que la raison peut connaître, et la nécessaire séparation de l’autorité religieuse et de l’autorité politique dans un État juste – tous sujets naguère interdits – sont passés au premier plan du dialogue entre le Catholicisme et l’Islam.

En avril 2008, son allocution à l’Assemblée générale des Nations Unies, présentait un argument fort et irréfutable selon lequel l’exercice de la liberté doit être guidé par des vérités morales, et que ces vérités morales sont accessibles aux hommes et aux femmes de bonne volonté qui osent penser sérieusement. Les audiences hebdomadaires de Benoît à Rome continuent à attirer des foules nombreuses, souvent plus importantes que celles qu’attirait Jean-Paul II. Le pape défie ainsi régulièrement les sceptiques qui estimaient que Ratzinger ne ferait pas bonne figure en public.

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Dans ses deux premières encycliques, Deus caritas est et Spe salvi, il montre d’une manière éclatante qu’il sait expliquer les fondements de la foi chrétienne en tenant compte du scepticisme post-moderne.
Dans ces lettres, le gardien de l’orthodoxie, naguère redouté, répond à l’absence de foi ou à sa faiblesse dans un esprit de conversation et non point de condamnation. Son livre Jésus de Nazareth qui fut une meilleure vente internationale analyse avec sympathie l’entretien imaginaire d’un rabbin américain avec Jésus et rappelle à tous les Chrétiens la dette qu’ils ont envers leur aîné, le judaïsme.
Poucettes* et tenailles restèrent sous clef dans les caves du bureau que présida Ratzinger, la Congrégation pour la doctrine de la foi, « jadis connue sous le nom d’Inquisition », comme ne manquent jamais de nous rappeler les médias internationaux*.

Malgré ces réalisations impressionnantes, la 5ème année de son pontificat commença sous des nuées d’orage. En janvier, ses efforts de réconciliation avec les ultra- traditionnalistes, disciples de feu l’archevêque Marcel Lefebvre, déclencha un tollé mondial. L’un des 4 évêques lefebvristes dont l’excommunication avait été levée, un ci-devant anglican nommé Richard Williamson, était un négationniste de la Shoah.
Sur Internet, tous les blogueurs et autres surfeurs avertis, des antipodes jusqu’au Zimbabwe, connaissaient cette sale histoire, mais le pape et ses conseillers n’étaient au courant de rien.
Le fiasco lefebvriste et le chaos qu’il provoqua dans les relations entre Juifs et Chrétiens commençait à peine à s’apaiser que ce fut au tour de l’Autriche de s’embraser. La cause ? La nomination du nouvel évêque auxiliaire de Linz, lequel avait des idées curieuses sur les rapports de la Providence et de la météorologie. Selon lui, l’ouragan Katrina qui avait ravagé la Nouvelle Orléans était le châtiment de Dieu qui punissait ainsi la ville pour ses longues années de débauche. Finalement, l’évêque élu demanda au pape de revenir sur sa nomination, ce que Benoît accepta.

Certains se demandèrent si l’Autriche n’était pas repartie pour un nouveau tour de joséphisme, à savoir la résistance à l’autorité papale pour la nomination des évêques, au siècle des Lumières. Alors que ce séisme ecclésiastique grondait en Europe, la Curie romaine démontra son incapacité à traiter avec célérité et franchise une autre catastrophe: l’affaire du père Marcial Maciel, fondateur de l’ordre ecclésiastique de la Légion du Christ et du mouvement laïque Regnum Christi. On apprenait qu’il avait mené une existence dissolue et commis des malhonnêtetés financières. Et pourtant la Légion du Christ et le mouvement Regnum Christi avaient formé certains des jeunes prêtres et laïcs engagés les plus enthousiastes.

Alors que ce train déraillait doucement vers l’abîme, le meilleur des vaticanistes, Sandro Magister de l’hebdomadaire L’Espresso, relatait que le secrétariat d’état du Vatican avait mal jugé le caractère et les qualifications de Joseph Li Shan, nouvel évêque de Pékin. Selon Magister, ce dernier avait trop sympathisé avec le régime communiste chinois et l’Association catholique patriotique que soutient le gouvernement.

En février, Nancy Pelosi, porte-parole catholique de la Chambre des représentants aux États-Unis, et partisane de l’avortement rencontra le pape qui profita de cette occasion pour rappeler avec fermeté une des vérités morales que peut connaître la raison : dans toute société juste, la vie innocente a droit à la protection de la loi. Pelosi avait terriblement envie d’être photographiée en compagnie du pape, mais elle se le vit refuser– signe que le Vatican n’avait pas complètement perdu sa capacité de maîtriser son programme et le rôle du pape dans ce programme. Mais pour les supporters de Benoît, la remontrance adressée à Pelosi ne fut qu’une brève éclaircie au milieu de sombres nuages. Benoît avait-il eu raison en 2005 ? N’était-il vraiment pas un homme de gouvernement ? Et qu’est-ce que cela présageait pour l’avenir de son pontificat lequel, malgré son âge, pouvait fort bien s’étendre sur la prochaine décennie ?

À suivre

* poucettes : corde ou chaînette dont on se sert pour attacher les pouces de certains prisonniers (Littré). Weigel fait bien sûr allusion aux instruments de torture.

** C’est peut-être la seule chose que ces médias connaissent, et encore la connaissent-ils mal.

Standpoint (April 2009) The Pope Versus the Vatican

Via http://www.catholiceducation.org/articles/media/me0081.htm

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